le
7 avril 2003
Lettre
éditoriale
POURQUOI
VOTERIEZ-VOUS POUR LES LIBÉRAUX S'ILS NE VOTENT PAS POUR VOUS?
Le mardi 25 mars, on a vu une manifestation
claire d'une faiblesse importante de notre système démocratique : nombre de députés
libéraux ont fait passer les volontés de Jean Chrétien avant les souhaits de
leurs électeurs en votant pour une injection supplémentaire de 59 millions
de dollars dans le programme raté d'enregistrement des armes à feu. Deux jours
après, l'éditeur d'un grand quotidien national résumait parfaitement la
situation : « Lorsque les députés
d'arrière-ban disent qu'ils n'ont pas d'influence, rappelez-vous ceci : il est
difficile de se tenir debout quand
on n'a pas de colonne vertébrale. »
Même
la veille du vote, les journaux claironnaient que la révolte grondait – qu'un
nombre aussi élevé que 20 libéraux envisageaient la possibilité de
braver le premier ministre, malgré la menace qu'il leur avait faite de les
expulser du caucus s'ils votaient contre les crédits supplémentaires destinés
au registre. On a dit que plus d'un député libéral était en larmes à la
pensée de balayer du revers de la main une fois de plus les souhaits exprimés
par leurs électeurs, simplement parce que Jean Chrétien avait ordonné au
caucus libéral dans quel sens voter.
L'hypocrisie n'a pas échappé aux journalistes
et aux éditorialistes aux quatre coins du Canada qui ont fait observer que Jean
Chrétien n'a pas pris la bravade comme un signe de non-confiance à son égard
lorsque le Parlement a décidé à l'unanimité, le 5 décembre, de ne pas
approuver les crédits supplémentaires de 72 millions de dollars demandés
pour le programme d'enregistrement des armes à feu – quelle différence y
a-t-il cette fois-ci?
Il
serait plus pertinent de se demander pourquoi les députés libéraux continuent
d'approuver l'injection de fonds dans ce programme quand ils savent parfaitement
que le Parlement continue d’être tenu dans l'obscurité. Quatre mois plus tôt,
la vérificatrice générale constatait dans son rapport que la mise en oeuvre
du programme d'enregistrement des armes à feu coûterait un milliard de dollars
– et non pas 2 millions de dollars comme le ministre de la Justice, Allan
Rock, l’avait assuré au Parlement en 1995. Toutefois, la vérificatrice générale
ne s'est pas arrêtée là.
Dans
son rapport au Parlement
pour 2002, la vérificatrice générale dit ceci :
« Nous pensons que cette
information ne présente pas fidèlement le coût du Programme pour le
gouvernement… Le ministère de la Justice n'a pas fourni au Parlement une
estimation de tous les grands postes de dépenses additionnels prévus. Or, la
politique du gouvernement sur la réglementation l'obligeait à le faire. Les coûts
assumés par les organismes provinciaux et territoriaux pour appliquer la loi ne
seront pas déclarés non plus. Il en va de même pour les frais qu'ont dû
supporter les propriétaires, les clubs, les fabricants, les vendeurs, ainsi que
les importateurs et exportateurs d'armes à feu, pour se conformer à la loi.
»
Le
gouvernement n'a aucune idée de ce que le registre des armes à feu a coûté
jusqu'à maintenant. L'Alliance canadienne a posé question sur question aux libéraux
à la Chambre des communes, mais en vain. On n'a pas manqué de lui rappeler
qu’il y avait une Période des questions, mais pas de Période des réponses
à la Chambre des communes.
Les
députés du Parlement savaient donc qu'ils achetaient chat en poche – un chat
engraissé à même les deniers publics, si j'ose dire – en cédant au
chantage du premier ministre. Ils n'avaient pas d'excuses. Les députés libéraux
ont des explications à fournir à leurs électeurs s'ils ont approuvé les crédits
de 59 millions de dollars ou s'ils n'ont pas eu le courage de voter.
Deux
jours après que le premier ministre eut remporté ce vote et que les électeurs
libéraux eurent perdu le leur, le ministre de la Justice leur a vraiment montré
l'ampleur de son gâchis. Il a déposé un rapport au Parlement confirmant
nombre des conclusions les plus alarmantes de la vérificatrice générale.
Entre autres, le ministre estimait que le programme d'enregistrement des armes
à feu coûterait jusqu'à 128 millions de dollars pour cette année
seulement (33 millions de dollars de plus que le montant estimé dans le rapport
de l'année dernière). Il a reconnu qu'il n'avait pas tous les chiffres en
mains, mais que le registre aura coûté au moins un milliard de dollars en
2005. De plus, il a confirmé qu'il n'avait aucune idée du coût éventuel du
programme étant donné que les tableaux de ventilation des dépenses estimées
pour les autres ministères que celui de la Justice comportaient 105 fenêtres
vides.
Le
ministre semble aimer le vide. Il n'a aucune idée de ce qu'a coûté le
programme jusqu'à maintenant. Il n'a aucune idée de ce que l'exécution du
programme coûtera dans l'avenir. Selon les estimations publiées par la
Bibliothèque du Parlement, à eux seuls les coûts d'exécution pourraient
atteindre un milliard de dollars, et cela si seulement 10 p. 100 des
propriétaires d'arme à feu délinquants étaient poursuivis. Il est évident
qu'il s'agit d'un cafouillis de 2 ou de 3 milliards de dollars – et non
pas d'un milliard. Que l'on pense à tous les excellents projets et programmes
qui sont en mal de fonds alors que les libéraux gaspillent les deniers public
dans tout ce gâchis.
Les
députés libéraux ont failli à leur devoir premier à l'égard des électeurs
et des contribuables, celui de voter contre le gaspillage éhonté et la
mauvaise gestion du gouvernement. Leurs électeurs doivent leur demander :
pourquoi devrais-je voter pour vous si vous ne votez pas pour moi? Si le régime
libéral ne devient pas plus démocratique, il est temps d'en changer.
Sincèrement,

Garry Breitkreuz, député
Yorkton-Melville