
UN
PEU DE BON SENS À LA CHAMBRE DES COMMUNES
par
Garry Breitkreuz, député (Yorkton-Melville) – le 5 novembre 2001
Souvent,
une bonne partie du travail de député se déroule derrière le décor, dans
les comités de la Chambre des Communes. Le présent rapport a pour but de
tracer au bénéfice des citoyennes et citoyens que je représente une brève
esquisse du combat que je livre présentement, combat qui pourrait avoir une
influence extraordinairement positive sur le fonctionnement de la Chambre des
Communes. On peut espérer une nette amélioration de la démocratie si nous
arrivons à remporter cette bataille. La guerre des tranchées, au front, est
souvent la plus sanglante. Mais comme les médias n’y sont pas, très peu de
gens finissent par en apprendre quelque chose.
Laissez-moi
vous décrire ce champ de bataille. Après ma première élection en 1993, je
croyais naïvement que si, au cours des débats de la Chambre des Communes,
quelqu’un pouvait présenter des arguments assez crédibles et valables pour
ou contre un projet de loi ou une motion, cela aurait un effet sur le résultat
final ou sur le vote pris sur la question. Après quelques mois d’expérience,
il est devenu évident que nous vivions sous une dictature élue. À moins de
modifier le système, nous n’allions pas changer grand-chose par notre présence
à Ottawa. Autrement dit, pour que tous les Canadiens et toutes les provinces du
pays bénéficient d’un traitement équitable et juste, il nous faudrait relâcher
l’emprise par laquelle le premier ministre et son bureau étouffent le
Parlement, la bureaucratie et les tribunaux.
L’une
des pratiques les plus antidémocratiques qui aient jamais existé permet en
principe aux simples députés de quelque parti qu’ils soient de présenter
une résolution (motion) ou un projet de loi à débattre. Cette portion des
procédures du Parlement s’appelle les Affaires émanant des députés. Selon
son fonctionnement actuel, les députés peuvent présenter au Feuilleton de la
Chambre des Communes autant de motions et de projets de loi qu’ils le désirent.
Périodiquement, on procède à un tirage pour déterminer les points à débattre.
Cette
« loterie » consiste à mettre le nom de tous les députés ayant présenté
une ou des affaires dans un grand « chapeau », puis de tirer des
noms un à un jusqu’à ce que 15 projets de loi et 15 motions soient
inscrits à l’ordre des priorités. Les députés dont le nom est tiré et qui
ont inscrit plus d’une affaire au feuilleton doivent choisir immédiatement
quel projet de loi ou quelle motion fera l’objet d’un débat.
Cependant,
les règles de procédure de la Chambre, stipulent que, s’il n’y a pas de
vote après le débat, l’approbation doit venir d’un comité qui se réunit
à huis clos pour rendre sa décision. Chaque parti a un représentant au comité,
qui est présidé par un député libéral.
Lors
des dernières réunions, 30 députés au total ont demandé que leur
projet soit mis aux voix. L’état-major de ce comité a statué qu’il y
avait lieu de tenir un vote sur 3 projets ou motions. Qu’arrive-t-il aux
autres ? Ils sont débattus pendant une heure à la Chambre des Communes,
puis ils sont retirés du feuilleton. Aucun vote n’est pris; aucune décision
n’est rendue. Des centaines de milliers de dollars sont gaspillés dans ce
processus. Même si la majorité des députés veulent appuyer la résolution,
il n’y a absolument rien à faire pour l’adopter à la Chambre des Communes
ou pour poursuivre le débat.
Je
suis horrifié par le gaspillage et l’inefficacité de ce processus. J’ai
protesté vigoureusement aux réunions du comité de sélection, en vain. J’ai
donc relevé d’un cran le niveau de mon combat en m’adressant à l’un des
comités permanents de la Chambre des Communes. Heureusement, je ne suis pas
seul dans les tranchées. C’est peut-être moi qui manie le fusil pour le
moment, mais j’ai des appuis solides en faveur d’un vote sur tous les
projets de lois et motions de députés – même de la part de simples députés
libéraux et d’autres partis politiques. Sans leur appui, cette croisade pour
une vraie démocratie serait vouée à l’échec.
D’après
une enquête réalisée il y a quelques mois, 62 pour cent des députés
veulent que toutes les affaires émanant des députés puissent faire l’objet
d’un vote. Seulement le tiers des députés libéraux sont en faveur de rendre
possible le vote sur toutes les affaires. Évidemment, cette mesure a l’appui
massif des partis d’opposition. Mais 71 pour cent des répondants à la même
enquête aimeraient que chaque député ait le droit de mettre un projet de loi
ou une motion aux voix au cours de chaque législature du Parlement (qui dure généralement
4 ans, les deux dernières faisant exception). Et sur cette question, il
n’y a pratiquement aucun écart entre les partis. De toute évidence, il y a
chez les simples députés une forte volonté de donner un peu de place à la démocratie
aux Communes.
Pourquoi
donc y a-t-il une bataille ? Ce ne sont que des spéculations de ma part,
mais d’après mon expérience des huit dernières années, le gouvernement
sent une menace à l’endroit de son programme et de son pouvoir. Il y a en
effet un détail que j’ai omis de mentionner : le vote sur les projets de
loi et les motions déposés par les députés est libre. Cela signifie que le
vote ne se fait généralement pas en fonction de la ligne d’un parti. Chaque
député doit décider lui-même comment voter. Les enjeux et les résolutions
dont le gouvernement ne veut pas s’embarrasser (comme les droits du fœtus ou
le renforcement des droits patrimoniaux) ne sont presque jamais choisies pour un
vote. La mise aux voix de toutes les affaires émanant des députés constitue
une menace pour la mainmise du premier ministre sur l’ordre du jour de la
Chambre des Communes. Voilà donc où se situe la bataille.
Fait
étrange, beaucoup de députés du NPD se rangent du côté du gouvernement sur
cette question. Serait-ce qu’ils sont assis si confortablement depuis tant
d’années qu’ils craignent que cette mesure ne les force à rendre des
comptes à leurs commettants sur tout un éventail d’enjeux importants ?
Pourquoi
est-ce que je crois si fermement qu’il vaut la peine de se battre sur cette
question ? On touche droit au cœur de l’un des principaux problèmes que
nous ayons à Ottawa : la possibilité pour un député travailler le mieux
possible pour ses commettants. On peut discuter des enjeux jusqu’à plus soif,
mais rien ne change vraiment parce que tout est sous le contrôle étroit
d’une élite restreinte et qu’aucun vote n’est permis sur les questions
que nos commettants veulent vraiment nous voir débattre. Le premier ministre a
pris possession de leur Chambre des Communes; en autorisant le vote sur toutes
les affaires émanant des députés, on pourrait inverser le processus du
pouvoir et rendre une partie du pouvoir au bon sens du bon peuple.
Le
premier ministre dit à ses députés comment voter sur les lois du gouvernement.
Le premier ministre nomme des sénateurs dont le travail consiste à veiller à
ce que toutes les lois traitent chaque province équitablement. Le premier
ministre nomme les juges de la Cour suprême, dont le travail est de protéger
nos droits et libertés individuels. Le premier ministre nomme des milliers de
loyaux partisans libéraux à des postes dans toute la bureaucratie
gouvernementale. Est-ce trop demander que les députés d’arrière-ban du
parti au pouvoir et ceux de l’opposition aient le droit de voter librement sur
les questions que leurs commettants jugent vitales pour leur bien-être
personnel ? Après tout, le premier ministre et son Cabinet n’ont pas le
monopole des bonnes idées sur la manière de gouverner le pays.
Pourquoi
les députés libéraux d’arrière-ban et les députés de tous les partis et
de toutes les régions du Canada n’auraient-ils pas le droit de présenter des
questions à débattre au nom de leurs commettants ? Pourquoi maintenir ce
processus discutable par lequel, après un débat vigoureux sur un enjeu, on
laisse tomber la question sans prendre de décision ?
Beaucoup
de Canadiens ont l’impression qu’il ne sort d’Ottawa que de l’air chaud.
En accordant à tous les élus un vote libre sur une affaire émanant d’un député,
on pourrait modifier non seulement cette perception, mais aussi la réalité
elle-même.
On
pourrait secouer l’apathie actuelle qui se reflète dans le faible taux de
participation (60 %) à la dernière élection ainsi qu’au Parlement et
chez l’ensemble des parlementaires en ramenant cet élément de démocratie
aux Communes.
Plus
de 300 ans avant Jésus-Christ, Aristote disait : « Si la liberté et l’égalité, comme d’aucuns le pensent, se
trouvent principalement dans la démocratie, c’est quand tous et chacun se
partageront le gouvernement au maximum qu’elles seront le mieux atteintes. »
Il n’y a pas eu de changement essentiel depuis 2 300 ans dans les fondements
de base de la démocratie. C’est au Parlement que ces principes devraient
s’illustrer le plus clairement. Tel n’est pas le cas. Il faut que cela
change. Les affaires émanant des députés seraient un bon point de départ.
Si
vous désirez en savoir plus, consulter le site Web de Garry à l’adresse
suivante : www.garrybreitkreuz.com
ou
communiquer par téléphone, par lettre, par télécopieur ou par courriel avec
Garry Breitkreuz, député (Yorkton‑Melville), Chambre des communes,
Ottawa (Ontario), K1A 0A6, tél. : (613) 992-4394, téléc. : (613)
992-8676, courriel : breitg@parl.gc.ca.