Allocution à la Ontario Federation of Anglers and Hunters

 

Allocution de l’Honorable Stephen Harper, PC, député
Chef du Parti conservateur du Canada
Chef de l’opposition officielle
Toronto (Ontario)


Le samedi 19 février 2005

 

[VERSION NON DÉFINITIVE]


Mesdames et messieurs,

Je vous remercie de votre accueil chaleureux.

Il me fait toujours plaisir de rencontrer les pêcheurs et les chasseurs et je dois admettre que je n’en ai jamais rencontrés autant au centre-ville de Toronto. J’ai davantage l’impression de me trouver dans le milieu rural de l’Alberta où mon épouse, Laureen, a grandi.

Pour vous donner une idée de son caractère, un libéral d’Ottawa a dit un jour à mon épouse que le Parti conservateur était constitué de personnes qui, le dimanche, allaient soit à l’église, soit à la chasse. Mon épouse lui a répondu : « Eh bien, je connais des gens qui font les deux. »

Quoi qu’il en soit, je tiens à vous remercier de votre généreuse invitation de participer à cette 77e assemblée générale annuelle des pêcheurs et des chasseurs de l’Ontario.

J’ai suffisamment parcouru l’Ontario et le Canada, le long de toutes sortes de plans d’eau, pour savoir qu’il y a deux types de pêcheurs : ceux qui pêchent pour le sport et ceux qui prennent des poissons. Par ailleurs, comme l’a dit un grand conteur canadien, Greg Clark, nous sommes tous des descendants de bons chasseurs.

Nos organisations ont beaucoup en commun : vous êtes la principale organisation de conservation du Canada et nous sommes la principale organisation conservatrice. Il n’est donc pas surprenant que nous partagions le même point de vue sur bon nombre de questions importantes.

Permettez-moi d’en aborder quelques-unes aujourd’hui.

Tout d’abord, je tiens à souligner que le Parti conservateur a à coeur beaucoup des questions qui vous préoccupent parce que nos racines sont profondes dans tout le Canada rural.

Le Canada rural est là où nous retrouvons les valeurs avec lesquelles le pays a été construit : le travail, l’entreprise, la coopération, l’esprit communautaire et bien sûr, la famille elle-même. Depuis l’ouverture du nouveau Parlement, nous avons posé plus de questions, fait plus d’allocutions, forcé plus de votes et passé plus de temps dans la Chambre des communes sur des questions agricoles et rurales que tous les autres partis réunis.

Toutefois, nos adversaires libéraux ne font pas trop de cas de ce genre de questions. Par exemple, ils ont voté il y a deux semaines à peine contre une proposition leur demandant de respecter les engagements qu’ils avaient pris à l’égard des agriculteurs.

J’ai souvent vu le gouvernement manquer à ses promesses – très souvent – mais c’est la première fois que je vois tous les membres du caucus libéral se lever un après l’autre au Parlement pour affirmer solennellement leur détermination de ne pas tenir leurs promesses. C’était très impressionnant.

Incidemment – ils ont perdu le vote : l’opposition a forcé le gouvernement à tenir parole.

Comme je l’ai déjà dit, mesdames et messieurs, le Parti conservateur a à coeur les préoccupations relatives au Canada rural et au plein air.

 

J’ai lu avec grand intérêt le Canadian Hunting Heritage Accord, que votre Fédération a mis de l’avant et qui reçoit l’appui inconditionnel des adeptes du plein air d’un océan à l’autre. Cet Accord nous rappelle avec éloquence que les chasseurs sont les principaux gestionnaires de nos ressources naturelles et qu’ils maintiennent l’intégrité de nos traditions de chasse desquelles nous sommes fiers au Canada. Il rappelle la valeur de la chasse dans la culture et dans le patrimoine du Canada, ainsi que l’importance de la conservation de la tradition de la chasse pour les générations à venir.

Le Parti conservateur du Canada croit fermement que les gens dont le gagne-pain ou les activités sportives sont tributaires de l’utilisation de nos ressources terrestres et naturelles devraient être considérés comme les premiers intéressés à la protection de l’environnement. Il s’agit d’une différence fondamentale qui nous distingue des libéraux fédéraux, qui eux croient qu’il devrait exister un programme fédéral soutenu par une armée de bureaucrates et une montagne de règlements et de pénalités pour chaque activité humaine concevable. 

Il existe de nombreux exemples d’une bureaucratie libérale incontrôlable. Je ne mentionnerai que deux exemples récents :

Des propriétaires de chevaux nous ont informés que le gouvernement fédéral se propose d’enregistrer tous les chevaux du Canada et de remettre à chacun un NUP – numéro unique permanent. Les méthodes d’identification à l’étude sont les puces, les étiquettes attachées à l’oreille de l’animal et les tatouages. Il a également été question de demander aux propriétaires de chevaux de maintenir un registre de déplacements lorsqu’ils transportent leur cheval.

Et pourquoi pas un album-photo? Également à l’étude, un « passeport papier » pour chaque cheval.

Pourquoi le gouvernement voudrait-il enregistrer les chevaux? Leur donnera-t-il le droit de vote?

Pourquoi leur donner un passeport? Voyagent-ils à l’étranger?

Il est évident que le gouvernement doit s’expliquer sur cette question, parce que la plupart des propriétaires de chevaux ne sont pas informés sur ces initiatives.  

Mon deuxième exemple favori de la manie d’enregistrement des libéraux, c’est l’enregistrement des canots.

Il est normal qu’un gouvernement qui veut suivre les déplacements des chevaux ne permette pas aux canots de circuler librement. En vertu du nouveau règlement fédéral, le ministère des Pêches et des Océans appliquera les mêmes normes pour les embarcations et leurs capitaines naviguant dans les eaux intérieures que pour ceux qui naviguent dans les eaux côtières.

Par conséquent, les guides en canot devront obtenir un permis de capitaine de navire en eau intérieure – mais ces derniers ne seront disponibles qu’à Vancouver et à Halifax.

Toutefois, cette attitude de grand frère aveugle et lourdaud n’est nulle part plus évidente que dans le fiasco du système d’enregistrement des armes à feu.

Si le même type de planification et les mêmes compétences avaient été appliqués à une expédition de chasse, seul le chevreuil s’en serait sorti vivant.

Le système d’enregistrement des armes à feu est devenu loi en 1995. À l’époque, le ministère de la Justice avait calculé que le coût de la délivrance des permis pour posséder une arme à feu et de l’enregistrement de chaque arme à feu serait d’à peine deux millions de dollars. Mais, comme vous le savez, le coût de l’établissement du programme a grimpé pour atteindre des sommes vertigineuses et les recettes sont tombées bien en dessous des attentes à cause de la complexité des règles et du refus par la suite de plusieurs provinces de collaborer.

 

En décembre 2002, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, a publié une ventilation des coûts gonflés – qui frisaient le milliard de dollars – et une litanie de problèmes de gestion.

 

Vous vous rappellerez qu’il y a toujours eu au Canada une législation étoffée exigeant le remisage sûr, la formation en matière de sécurité, la manutention et le transport sûrs des armes à feu, bien avant que les libéraux n’aient rêvé de l’inutile registre des armes à feu. Nous avons déjà eu l’expérience du registre des armes de poing. L’enregistrement des armes de poing fait partie du Code criminel du Canada depuis 1934, mais n’a pas empêché les criminels d’en posséder.

 

Ainsi, un système de contrôle des armes à feu qui coûtait au gouvernement fédéral environ 10 millions de dollars par année avant que les libéraux ne prennent le pouvoir coûte maintenant près de deux milliards de dollars. Nous avons affaire à un gouvernement qui interdit les armes à feu par réflexe.

En janvier dernier, le ministre de la Justice a écrit spontanément à un électeur pour lui affirmer que le Ruger Mini-14, utilisé par de nombreux chasseurs, serait interdit au cours de la présente session. Après une forte opposition de la part des propriétaires d’arme à feu et des membres de notre parti, le ministre a déclaré que son annonce d’une interdiction imminente était « une erreur » et qu’une telle interdiction n’aurait pas lieu. 

De toutes façons, l’interdiction proposée ne ferait pas plus que les dispositions du Code criminel pour retirer les armes à feu des mains criminelles. 

De plus, cette ridicule approche bureaucratique ne fait rien pour accroître la sécurité du public. Les criminels violents n’achètent pas de permis d’arme à feu et ils n’enregistrent pas leurs armes.

En outre, il a été amplement démontré qu’une recherche dans le registre des armes à feu n’aide pas beaucoup la police à trouver le véritable criminel. Le chef de la police de Toronto, Julian Fantino, qui termine une très prestigieuse carrière dans le domaine de l’application de la loi le mois prochain, a admis lui-même que ses agents n’avaient jamais trouvé un incident où le registre leur avait permis de prévenir ou de résoudre des crimes.

En fait, 86 % des armes à feu utilisées lors d’homicides n’étaient pas enregistrées et 80 % des meurtriers ne possédaient pas de permis. Les libéraux n’ont même pas réussi à enregistrer la moitié des 16,5 armes à feu qui existent au Canada d’après les dossiers d’importation et d’exportation du gouvernement. 

Je n’irai pas par quatre chemins. La centaine de millions de dollars qui sont gaspillés pour suivre la piste des chasseurs de canards devraient être affectés à de véritables ressources policières pour chasser les vrais criminels.

Nous, les conservateurs, formons le seul parti de la Chambre des communes qui s’oppose au registre des armes à feu. Nous avons essayé de le faire disparaître à la Chambre et en comité, mais le Bloc québécois et le NPD votent toujours avec le Parti libéral sur cette question.

Depuis le début de ce gouvernement minoritaire, j’ai affirmé que je collaborerais avec le gouvernement quand il y allait de l’intérêt public. Mais sur les croyances et les principes fondamentaux, nous ne bougerons pas.

Le registre des armes à feu est une de ces croyances fondamentales. Et nous avons toujours été très clairs sur cette question : nous abrogerons le registre universel des armes à feu.

Nous travaillerons plutôt avec les provinces à des programmes rentables de limitation des armes à feu visant à retirer les armes des mains criminelles, tout en défendant le droit des Canadiens respectueux de la loi de posséder et d’utiliser des armes à feu de façon responsable.

 Voici ce que nous ferons :

·        nous appliquerons les pénalités minimales obligatoires pour la possession illégale et l’utilisation criminelle des armes à feu;

·        nous ne surveillerons que les personnes à risque élevé;

·        nous prendrons des mesures sévères contre le trafic des armes à feu;

·        nous ferons appliquer les lois sur l’entreposage des armes à feu;

·        nous ferons la promotion d’une formation sur l’utilisation sûre des armes à feu et l’instauration d’un système de permis pour toutes les personnes qui désirent se procurer et utiliser des armes à feu légalement;

·        nous augmenterons le nombre d’agents d’application de la loi dans les rues;

·        nous produirons un véritable registre – un registre de criminels reconnus auquel le tribunal aura interdit de posséder des armes à feu.

Mesdames et messieurs, nous, du Parti conservateur, partageons vos préoccupations relativement à la protection de l’environnement. Votre fédération est un protecteur de l’environnement reconnu et influent, qui exerce des pressions pour la conservation de nos ressources naturelles à tous les paliers de gouvernement. Le Parti conservateur du Canada reconnaît également le besoin d’assurer la durabilité des ressources naturelles et de l’environnement.

Un gouvernement conservateur travaillera main dans la main avec les Canadiens pour s’attaquer aux véritables problèmes environnementaux et dresser un plan à long terme pour faire en sorte que les générations futures puissent jouir d’un environnement sain et durable.

La politique des libéraux en matière d’environnement se résume en un seul mot : Kyoto. Malheureusement, la stratégie Kyoto des libéraux n’est rien d’autre que l’équivalent du registre des armes à feu appliqué au domaine de l’environnement. Elle a été mal pensée dès le début, elle coûte une fortune, elle dérange les citoyens canadiens et son but ne sera jamais atteint.

Jusqu’à présent, le gouvernement a dépensé ou engagé 3,7 milliards de dollars et il devra dépenser qui sait combien de milliards de plus pour à peine s’approcher des cibles de Kyoto.

Selon ce plan, le gouvernement devra soit dépenser des milliards pour acheter des crédits bidon d’autres pays, souvent des pays dont le dossier écologique est bien pire que celui du Canada et nous devrons imposer des règlements draconiens à diverses industries, menaçant ainsi notre stabilité économique et notre mode de vie.

En réalité, le gouvernement libéral se préoccupe davantage d’être félicité et reconnu à l’échelle internationale pour avoir ratifié l’Accord de Kyoto que d’améliorer réellement l’environnement pour les Canadiens.

Le Parti conservateur adoptera une stratégie plus efficace. En effet, nous :

·        légiférerons des limites sur le smog qui génère des polluants comme les oxydes d’azote, l’anhydre sulfureux et les composés organiques volatiles;

·        négocierons les limites d’émissions des centrales électriques et des cheminées industrielles avec les États-Unis et les états limitrophes;

·        explorerons un système plafond et permis qui permettra aux firmes de générer des crédits en réduisant les polluants causant le smog;

·        effectuerons une vérification des sites fédéraux de déchets contaminés pour déterminer les risques potentiels pour la santé et les coûts de nettoyage. 

Et nous effectuerons de vastes consultations sur les questions environnementales avant de passer à l’action.

Nous comprenons la frustration de la Fédération face au manque de consultation de la part d’Environnement Canada, notamment sur la question de l’attirail de pêche en plomb.

Nous croyons qu’une interdiction complète de l’attirail de pêche en plomb pourrait être évitée et que le plan final pourrait comprendre les éléments suivants :

Nous croyons également qu’il importe de se pencher davantage sur la plus grande menace pour la sauvagine, le botulisme de type E, qui est répandu par les espèces envahissantes.

Comme je l’ai déjà dit, nous adoptons le point de vue suivant, un point de vue qui semble menacé par les temps qui courent : les producteurs agricoles, les collectivités rurales et les adeptes des loisirs sont les premiers et les principaux intendants de la terre et ils sont les mieux placés pour protéger l’environnement et la terre sur laquelle ils vivent.

Comme vous le savez, lorsque nous parlons de sujets comme l’environnement, je suis souvent frappé par la façon cavalière dont le gouvernement libéral fait fi des grandes préoccupations du Canada rural de par ses actions.

Il suffit de mentionner par exemple la Loi sur les espèces en péril et la Loi sur la cruauté envers les animaux qui ne tiennent pas compte des répercussions pour les Canadiens vivant en milieu rural parce que le gouvernement fédéral tenait plutôt de plaire à des groupes de pressions plus forts et potentiellement plus intéressants.

Je crois qu’en général, mesdames et messieurs, le gouvernement fédéral actuel ne comprend pas la réalité fondamentale de notre pays. 

Au Canada et dans les collectivités rurales où les gens s’adonnent aux activités de plein air, les valeurs les plus fondamentales, les plus solides, sont préservées, protégées et transmises de génération en génération; ce sont les valeurs de la solidarité, de la famille, de l’honnêteté, du travail acharné et des plaisirs sains.

Ce n’est pas par hasard que les valeurs et les principes que nous défendons comme parti trouvent leur écho dans toutes les régions du pays. Ces valeurs sont des valeurs rurales et des valeurs conservatrices. Mais ce sont également des valeurs ontariennes et des valeurs canadiennes.

Avant de terminer ce soir, permettez-moi d’ajouter rapidement un mot sur une autre valeur conservatrice qui a fait l’actualité récemment, c’est-à-dire la définition traditionnelle du mariage.

Je crois qu’il est triste de constater que le seul projet de loi d’importance présenté par le gouvernement dans la présente session du Parlement a été l’abrogation du mariage traditionnel et j’aimerais exprimer très clairement ma position à ce sujet.

Les libéraux ont tenté de faire abolir par la Cour suprême la définition du mariage; mais la cour a refusé. Maintenant, les libéraux veulent plutôt que le Parlement adopte une loi sur le mariage de personnes du même sexe et Paul Martin essaie de forcer les députés de voter en faveur de cette loi.

Nous, du Parti conservateur, nous adopterons une approche parlementaire traditionnelle relativement aux questions de conscience personnelle comme celle-ci : tous les députés de notre parti, y compris les membres du cabinet fantôme, pourront voter librement, selon leurs propres points de vue et ceux de leurs électeurs sur cette question.

Voici mon opinion personnelle qui, je crois, traduit le point de vue de la plupart des Canadiens qui cherchent un terrain d’entente sur cette question : je crois à l’égalité des droits et des avantages dans toutes les relations et je reconnais le mariage traditionnel comme étant l’union d’un homme et d’une femme.

J’ai soumis des modifications aux débats de la Chambre des communes pour nous amener sur cette voie. Si ces modifications ne sont pas adoptées pas, à titre de premier ministre conservateur je les intégrerai dans une loi qui fera l’objet d’un vote libre.

En outre, nous modifierons le même projet de loi sur le mariage entre conjoints de même sexe des libéraux pour y protéger réellement la liberté de religion qui, nous le croyons, est gravement menacée à long terme par les dispositions de ce projet de loi.

Mais je tiens à vous assurer en terminant que dans les modifications que j’apporterai, la liberté de religion sera interprétée de façon très large.

Comme un mordu de la pêche à la ligne l’a dit : la liberté de religion est le droit de chaque personne le dimanche de se rendre à l’église de son choix ou d’aller à la pêche.

Merci et que Dieu bénisse le Canada.