Le 2 janvier 2004

LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE PAUL MARTIN

Le très honorable Paul Martin, C.P., député

Premier ministre du Canada

Chambre des communes

Ottawa (Ontario)

K1A 0A6

 

Monsieur le premier ministre,

OBJET : IL FAUT ABOLIR NON SEULEMENT LE REGISTRE, MAIS LA LOI SUR LES ARMES À FEU TOUT ENTIÈRE

Je suis sensible à votre promesse de réduire le «déficit démocratique» et à permettre aux simples députés de participer davantage aux débats et aux décisions du Parlement. J’ai noté que, dans l’une de vos entrevues de fin d’année avec les médias, vous avez engagé votre gouvernement à perpétuer le fiasco des armes à feu avant même d’avoir terminé votre processus d’examen des dépenses. Vous avez déclaré : «Cet argent a malheureusement été dépensé.» Mais voici la question que se poseront les électeurs : «D’accord, on a gaspillé un milliard, mais qu’allez-vous faire quand on en aura gaspillé un deuxième.»

Il y a un an, la vérificatrice générale Sheila Fraser a dénoncé le gaspillage par votre gouvernement d’un milliard de dollars sur un programme inefficace de contrôle des armes à feu et c’est vous qui avez signé les chèques d’une valeur d’environ 900 millions de dollars qui ont été engloutis dans ce gâchis.

Il vous faudrait au fond expliquer au Parlement et au peuple canadien comment les promesses de votre Livre rouge de 1993 ont pu si mal tourner. Le 10 mars 1994, le ministre de la Justice d’alors Allan Rock a fait devant le Comité permanent de la Justice la déclaration suivante : «Dans son programme électoral, le Parti libéral a formulé des propositions précises sur le contrôle des armes à feu et nous avons l’intention d’y donner suite. Leur mise en œuvre n’exigera pas beaucoup de mesures législatives. Il s’agira surtout de mesures administratives.»

Le 9 décembre 2003, vous avez promis que votre gouvernement «éliminerait ce qui ne fonctionne pas». Et bien, tout le monde, y compris votre nouveau solliciteur général, sait que le registre des armes à feu ne fonctionne pas. La semaine dernière, vous avez annoncé un processus d’examen des dépenses qui évaluerait tous les programmes existants en fonction de sept critères. Veuillez trouver ci-joint mon article sur l’échec du programme des armes à feu de votre gouvernement par rapport à vos sept critères.

http://www.garrybreitkreuz.com/publications/Article213.htm

Dans un plan de communications «secret» que nous avons obtenu du ministère de la Justice en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, on trouve la déclaration suivante : «Les éditorialistes sont fermement opposés au programme.» Il ressort de récents sondages que moins de 40 pour cent des répondants appuient le programme. Mais comme le registre des armes à feu est une priorité purement politique inventée par votre prédécesseur, vous êtes peut-être enclin à essayer de trouver une solution politique plutôt qu’une solution logique. Une solution purement politique consisterait à annoncer que vous éliminez l’enregistrement des armes à feu, mais que vous laissez en place tout ce qui est mauvais dans votre programme des armes à feu. Ce serait là une erreur coûteuse, et c’est la raison pour laquelle je m’adresse à vous aujourd’hui.

Je me bats contre le programme des armes à feu du gouvernement fédéral depuis mars 1994. En dépit de promesses réitérées d’«ouverture et de transparence» de la part des divers ministres qui ont été chargés de mettre en œuvre le projet de loi C-68, Loi sur les armes à feu, j’ai dû déposer plus de 400 demandes en vertu de la Loi sur l’accès à l’information pour savoir comment le programme fonctionne réellement et combien de ressources humaines et financières il engloutit. J’ai prédit dès avril 1999 que le programme coûterait plus de un milliard de dollars. Je le mentionne juste pour que vous preniez mes conseils au sérieux. Si vous voulez vraiment remédier au fiasco des armes à feu, il vous faut donner un grand coup de balai et recommencer à neuf.

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles vous devriez éliminer non seulement le registre des armes à feu, mais la Loi sur les armes à feu tout entière :

1.         La recherche du professeur Ted Morton révèle que la Loi sur les armes à feu viole la Charte des droits et libertés d’une douzaine de façons.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns82fr.htm

http://www.garrybreitkreuz.com/publications/violatescharterofrightsandfreedom.htm

2.         Le rapport de rendement sur le Programme canadien des armes à feu que le ministre a déposé au Parlement le 31 octobre 2003 contient au moins 12 déclarations inexactes. Je vis soulever la question de privilège au sujet de ce fourvoiement délibéré du Parlement dès que la Chambre des communes reprendra ses travaux.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns101fr.htm

3.         Votre gouvernement a enfreint la Politique de réglementation approuvé par le Cabinet et n’a jamais rendu publique l’analyse coûts-avantages à laquelle il a soumis le Programme canadien des armes à feu. Le Commissaire aux armes à feu a dit aux sénateurs et aux députés que c’était un «secret ministériel».

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns77fr.htm

4.         Votre gouvernement a refusé de rendre public le texte intégral du rapport de 115 pages sur l’impact économique du Programme canadien des armes à feu. Ce rapport a également été déclaré «secret ministériel». Vous savez fort bien que le malheureux programme des armes à feu va coûter à l’économie beaucoup plus que le milliard de dollars consacré jusqu’ici à sa mise en œuvre.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzg/Armes41.htm

5.         L’évaluation par le ministère de la Justice de la mise en œuvre du Programme canadien de contrôle des armes à feu en date d’avril 2003 repère plus de 90 problèmes liés au programme et non seulement au registre. Bon nombre des problèmes ne sont pas traités dans le Plan d’action du ministre.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns94fr.htm

6.         Dans son rapport de 2001, le Commissaire à la protection de la vie privée a déclaré que la Loi sur les armes à feu violait les droits à la vie privée de millions d’honnêtes propriétaires d’armes à feu. Le Commissaire n’a toujours pas reçu de réponse à ses recommandations des trois derniers ministres chargés du programme des armes à feu.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzg/armes45.htm

7.         Le Commissaire à la protection de la vie privée a déclaré que la base de données de la GRC sur les personnes d'intérêt relatif aux armes à feu (PIAF) recueillait des renseignements qui ne sont pas autorisés par l’article 5 de la Loi sur les armes à feu. Ce sont, dit-il, «des renseignements non confirmés et défavorables, des accusations ou des allégations non fondées, des renseignements sur la foi d'autrui, des dossiers datant de plus de cinq ans, des incidents ou des accusations qui ont été abandonnés ou qui se sont soldés par un verdict d'acquittement, des répétitions ainsi que des informations concernant des témoins, des victimes et d'autres personnes semblables. Les personnes ne savent pas que la banque des PIAF les a identifiées comme des individus susceptibles de représenter une menace pour la sécurité publique.» Les problèmes repérés par le Commissaire à la protection de la vie privée au sujet de la base de données des PIAF n’ont toujours pas été réglés.

Dans son rapport de décembre 2002, la vérificatrice générale rappelle qu’environ quatre millions d’enregistrements de la base de données des PIAF servant à déterminer l’admissibilité des demandeurs de permis d’armes à feu sont toujours inexacts.

http://www.oag-bvg.gc.ca/domino/rapports.nsf/html/20021211cf.html

L’évaluation par le ministère de la Justice de la mise en œuvre du Programme canadien de contrôle des armes à feu en date d’avril 2003 est également critique à l’endroit de la base de données des PIAF à laquelle elle reproche de «recueillir des données sur des incidents considérés comme sans rapport avec l’aptitude à posséder une arme à feu».

8.         Votre gouvernement refuse de révéler «les grands postes de dépense additionnels» du programme des armes à feu comme le demande la vérificatrice générale dans son rapport au Parlement de décembre 2002. Selon les estimations de la Bibliothèque du Parlement, la Loi sur les armes à feu a coûté aux propriétaires d’armes à feu 367 à 764 millions de dollars de plus en frais d’observation et les frais de mise en application pourraient aisément alourdir la facture d’un autre milliard de dollars.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns96fr.htm

9.         Tous les ans, le rapport sur les homicides de Statistique Canada prouve que le programme n’atteint pas son objectif. Moins de 3 % des crimes de violence au Canada sont perpétrés avec des armes à feu et ce sont les criminels connus qui commettent la plupart de ces crimes, pas les propriétaires d’armes à feu respectueux des lois.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns95fr.htm

10.       Le Groupe d’utilisateurs d’armes à feu mis sur pied par le ministre a proposé d’apporter un grand nombre de modifications sensées au programme d’armes à feu et à la Loi sur les armes à feu, mais la plupart de ses recommandations ont été ignorées.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns90fr.htm

11.       En faisant adopter en 1995 le projet de loi C-68, Loi sur les armes à feu, vous avez automatiquement interdit 568 460 armes à feu appartenant à d’honnêtes citoyens sans la moindre preuve que ces armes à feu étaient dangereuses entre les mains d’honnêtes citoyens. Par la suite, votre gouvernement a dénié à ces mêmes citoyens leurs droits de propriété fondamentaux en refusant de les dédommager de la valeur des biens qu’il a frappés d’interdit.

Ce décret du gouvernement a également confirmé que l’enregistrement conduisait irrémédiablement à la confiscation (sans dédommagement). C’est là une des raisons principales pour lesquelles plus d’un million de propriétaires d’armes à feu ont refusé d’obtenir leur permis et plus de 8 millions d’armes à feu restent non enregistrées.

12.       Enfin, le nombre de ceux qui négligent d’obtenir le permis d’armes à feu est effarant, notamment dans les collectivités autochtones, dont certaines boycottent complètement le programme de délivrance de permis. Le Territoire du Nunavut et la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan contestent devant les tribunaux la constitutionnalité du programme.

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns89fr.htm

http://www.garrybreitkreuz.com/breitkreuzgpress/guns92fr.htm

Je pourrais continuer, mais cette courte liste devrait suffire à vous faire comprendre quelle erreur vous avez commise en faisant adopter à la vapeur par le Parlement le projet de loi C-68 en 1995. Si vous ne décidez pas malgré tout d’abolir complètement la Loi sur les armes à feu et de travailler en collaboration avec les provinces et les propriétaires d’armes à feu responsables, tout le monde comprendra que vous continuez à faire de la politique avec le contrôle des armes à feu au lieu de consacrer les dizaines de millions de dollars que vous gaspillez tous les ans sur le programme des armes à feu aux vraies priorités de la police et donc à l’amélioration réelle de la sécurité publique.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le premier ministre, l’expression de mes sentiments distingués.

 

 

 

Garry Breitkreuz, député

Yorkton-Melville