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: The Calgary Herald DATE : Le 13 juillet 2008 ÉDITION : Finale SECTION : (Q : Questions – querelles – curiosités) PAGE : A9 AUTEUR : Sid Marty SOURCE : Du Calgary Herald COMPTE DE MOTS : 1189 -------------------------------------------------------------------------------- C’est le temps d’armer les gardes de parc -------------------------------------------------------------------------------- Partout au Canada, les gardes de parc nationaux, vêtus de leur uniforme et stetson traditionnels verts et kaki, font le nécessaire pour protéger les parcs et les visiteurs. Depuis 1909, ils sont notamment chargés d’effectuer des missions de recherche et de sauvetage périlleuses, d’assurer la gestion des ressources et de la faune, et de faire respecter la loi. Le garde est fier de la vie qu’il mène, et la compétition pour porter son uniforme est rude – un seul poste peut attirer 3 000 candidats. Certains gardes travaillent à titre saisonnier pendant une dizaine d’années et plus avant de se qualifier pour un poste permanent. Aujourd’hui, la plupart des gardes en poste détiennent au moins un baccalauréat ès sciences, et certains, une maîtrise ou un doctorat. Par comparaison, il ne faut qu’un diplôme d’études secondaires pour entrer dans la GRC. Pour ce qui est de l’application de la loi, il a toujours été logique que les gardes soient les premiers à intervenir en cas de braconnage ou d’autres transgressions puisqu’ils travaillent dans des régions éloignées. Quand j’étais garde, les services de police ne pouvaient pas toujours nous prêter main-forte; nous ne disposions alors que de nos poings et de notre sens de l’humour pour parer les coups des campeurs ivres qui se battaient pour un tout et un rien dans les parcs, l’été. En cette époque où l’on s’arroge le droit à la violence, les agressions et menaces contre les gardes sont à la hausse. Une personne sur six qui commet une infraction dans un parc peut avoir un casier judiciaire. Pour certaines d’entre elles, le risque de se faire prendre est énorme : un braconnier peut en effet se voir infliger une amende d’au moins 100 000 $, ou une peine d’emprisonnement de cinq ans. En 1993, Parcs Canada a commencé à exiger que les nouveaux gardes suivent une formation policière rigoureuse de sept semaines à la Division Dépôt de la GRC, située à Regina. On remettait alors aux recrues une matraque, des menottes et un vaporisateur de poivre, et on leur enseignait l’autodéfense et les procédures policières. Outre cette formation initiale, les gardes suivaient un cours de recyclage annuel. Les diplômés recevaient un gilet pare-balles qui les protégerait des balles d’armes de poing (mais pas des balles de carabines ni des coups de couteau); Parcs Canada a cependant refusé de leur fournir une arme de poing, qui constitue pourtant la norme mondiale sanctionnée par l’ONU pour les policiers. En 2001, la question de l’arme de poing a donné lieu à une bataille juridique entre Parcs Canada et l’Alliance de la Fonction publique du Canada. Résultat : Développement des ressources humaines Canada a statué qu’on devrait fournir un pistolet aux gardes pour qu’ils puissent se défendre ou ne plus les charger de veiller à l’application de la loi. Mais les gardes avaient pour opposant le lobby anti-armes à feu des villes de l’Est, proche du gouvernement libéral. La même année, l’ancien DG de Parcs Canada, Tom Lee, appuyé par la ministre Sheila Copps, a retiré l’application de la loi des responsabilités des gardes et interjeté appel. Le gouvernement Chrétien a ensuite versé 40 millions de dollars à la GRC pour prendre la relève des gardes à ce chapitre. Une source affirme que cet argent venait directement du cabinet du premier ministre Sous la GRC, l’application des règlements dans les parcs a beaucoup diminué. N’ayant pas la formation nécessaire pour faire ce travail dans l’arrière-pays, les policiers de la GRC ont reçu l’ordre de ne pas s’aventurer dans le parc à plus de 30 minutes de marche de leur véhicule. Au parc national Yoho, les commis du service d’accueil n’ont pu que regarder à la télévision en circuit fermé des pillards faire une incursion dans un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, les dépôts fossilifères des schistes de Burgess, alors que les gardes n’avaient pas le droit d’intervenir et que les policiers de la GRC n’étaient pas disponibles. Au parc Waterton, un chasseur faisant fi de la loi a abattu un wapiti mâle primé, et ce, en toute impunité puisque les policiers de la GRC ont refusé d’assurer le suivi des éléments de preuve recueillis par les gardes qui ne pouvaient pas arrêter le coupable. Au parc Jasper, le garde qui était maître des chiens de recherche et de sauvetage, n’a pas pu aider la GRC à retrouver la trace d’un criminel qui avait agressé un policier. On a finalement fait appliquer une nouvelle directive, selon laquelle les gardes retournaient sur le terrain avec des pouvoirs réduits. On leur permettait désormais de « prendre des notes » et de « faire des observations » à distance sur des activités criminelles – et de s’enfuir si l’auteur du crime avait l’air menaçant. Le service des gardes constitue la mémoire et la conscience de Parcs Canada, donnant aux bureaucrates carriéristes les nouvelles qu’ils doivent entendre, qu’ils le veuillent ou non. Il n’est donc pas apprécié de certains gestionnaires de Parcs Canada. Aujourd’hui, beaucoup se demandent si le service des gardes survivra assez longtemps pour célébrer son centenaire en 2009. Le 9 mai dernier, après avoir été débouté de son dernier appel sur la question des armes de poing, le nouveau DG, Alan Latourelle, a ordonné aux gardes d’enlever leurs uniformes et de porter les mêmes tee-shirts et casquettes que les commis aux services d’accueil, afin de ne pas être pris pour des représentants de l’autorité, et ainsi risquer de devenir une cible pour des criminels. C’était un ultime affront qui a fait pleurer de frustration certains gardes. La décision de fournir des pistolets aux agents fédéraux (comme ceux de Pêches et Océans Canada et du Service canadien de la faune, qui sont armés depuis de nombreuses années) incombe au Cabinet. Une directive rendue publique en 2003 indique que le gouvernement a pour politique de ne pas armer les agents fédéraux, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Étant donné le rejet de son appel, c’était au DG de plaider la cause des gardes devant le Cabinet Harper. Au lieu d’armer les gardes, le ministre de l’Environnement, John Baird, va maintenant mettre sur pied un tout nouveau service de police – armé – de 100 membres, qui s’acquittera des tâches dont s’acquittaient anciennement 425 gardes de parc entraînés par la police, une mesure qui coûtera initialement 12 millions de dollars. Ce double du service des gardes ne relèvera pas des gestionnaires locaux des ressources et ne sera pas dirigé par eux. Contrairement aux gardes, qui consacraient de 15 à 25 % de leur temps à l’application de la loi, les nouveaux policiers ne s’occuperont que de cela. Répartis sur 41 parcs et réserves de parc, ils ne seront probablement pas sur place, prêts à intervenir, au moment d’une infraction, et les gardes ne pourront qu’observer ce qui se passe et prendre des notes. En tant que spécialistes de l’application de la loi, ces policiers sont condamnés à être comme le réparateur d’appareils Maytag des publicités : tout à fait inutiles en cas d’attaque par un grizzli ou d’un incendie incontrôlable. On a jusqu’à présent gaspillé ou engagé quelque 52 millions de dollars pour que les cadres supérieurs de l’ère Chrétien sauvent la face. Il en résultera une application zélée et inefficace de la loi. D’après Duane Martin, spécialiste récemment retraité de l’application de la loi dans les parcs nationaux de l’Ouest et du Nord, si le Cabinet avait armé les gardes en 2001, il aurait dépensé environ 1,5 million de dollars à cette fin. Il est encore possible de les armer en ne déboursant qu’une part infime du coût du nouveau service, et il ne serait pas nécessaire que tous les gardes soient armés en tout temps, comme l’expérience des États-Unis l’a démontré. Dans les parcs américains, la plupart des employés revêtent l’uniforme et le chapeau de garde, mais seuls quelques gardes désignés (qui continuent d’avoir un rôle à jouer dans d’autres tâches) portent une arme à feu. Monsieur Baird, l’été est arrivé, et nos parcs nationaux ne sont pas protégés. Les responsables ont toute votre confiance et ceux qui pourraient remédier à la situation ne sont pas libres d’en parler franchement. Vous avez hérité d’un scandale national, mais il vous reste encore du temps pour mettre un terme à cette farce. Ne risquez donc pas de détruire un service de gardes bien entraînés, instruits et dévoués, qui constitue dans le monde l’emblème de notre magnifique réseau de parcs nationaux. Monsieur le Ministre, redonnez aux gardes leurs uniformes et leurs pouvoirs d’application de la loi, et félicitez ce service comme il le mérite en l’honneur du centenaire qu’il célébrera en 2009. Sid Marty, ex-garde de parc, a écrit « A Grand and Fabulous Notion », l’histoire centenaire des parcs nationaux du Canada. Son dernier ouvrage est intitulé « The Black Grizzly of Whiskey Creek ». |