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LETTRE OUVERTE
Le 20 octobre 2004 L’honorable
Irwin Cotler, C.P, député Ministre
de la Justice et Procureur général du Canada Ministère
de la Justice 284,
rue Wellington Ottawa
(Ontario) K1A
0H8 Objet :
NOUVEAU PROJET DE LOI SUR LA VIOLENCE CONJUGALE Monsieur
le Ministre, Le
27 août 2004, les journaux rapportaient qu’un nouveau projet de loi
pour contrer la violence conjugale allait bientôt voir le jour. Vous
disiez avoir chargé un groupe d’examiner la question de la violence
conjugale et que ce groupe vous ferait un rapport en temps voulu. Je vous
prie avec insistance d’examiner d’abord les lacunes des programmes et
des mesures législatives en place avant de présenter un nouveau projet
de loi. En
1995, le ministre de la Justice de l’époque, Allan Rock, a promis au
Parlement que « l'enregistrement [des
armes à feu]
nous aiderait à enrayer le fléau de la violence conjugale » et que
des vies seraient sauvées. Statistique Canada a publié récemment les résultats
d’une étude montrant que le nombre d’homicides en milieu familial est
toujours en hausse : de 209 entre 1998 et 2000, ce nombre est passé
à 249 entre 2001 et 2003 (voir les tableaux statistiques ci-joints). L’étude
montre également que plus des trois quarts des homicides en milieu
familial étaient perpétrés au moyen d’un objet autre qu’une arme à
feu. Pourquoi, malgré le fait que les armes à feu sont enregistrées
depuis 1934, le nombre de meurtres en milieu familial commis avec une arme
à feu augmente-t-il? Et pourquoi, après plus de deux milliards de
dollars, 75 % des armes à feu utilisées pour commettre un homicide
en milieu familial ne sont pas enregistrées et que 62 % des
accusés ne détiennent pas de permis? Qui plus est, pourquoi la Loi
sur les armes à feu n’a pas sauvé les vies que votre prédécesseur
avait promis?
Les parlementaires ne devraient-ils pas avoir la réponse à ces questions
cruciales avant de se lancer dans un nouveau projet de loi? L’ancien
ministre de la Justice, Allan Rock, a aussi mentionné, à juste titre,
lors du débat sur le projet de loi C‑68 que « généralement,
à un moment ou à un autre [dans les cas de violence conjugale],
les tribunaux ont pris une ordonnance interdisant à l'agresseur de posséder
des armes à feu ». Pourquoi alors n’a-t-on pas tenu compte dans
la Loi sur les armes à feu des plus de 200 000 criminels
condamnés qui ont déjà prouvé, par le biais des tribunaux, qu’il est
trop dangereux de posséder des armes à feu? Seuls les deux millions de
propriétaires d’armes à feu qui respectent la loi sont tenus de
signaler leur changement d’adresse et de soumettre leur foyer à une
« inspection » du gouvernement. Le rapport annuel sur les
homicides de Statistique Canada a récemment confirmé les véritables
cibles des lois du Canada sur les armes à feu. Soixante-neuf pour cent
(69 %) des personnes accusée d’homicides étaient des criminels déjà
connus des policiers, y compris cinq personnes qui avaient déjà été
condamnées pour meurtre. Pourquoi les criminels reconnus ne sont-ils pas
tenus de signaler leur changement d’adresse? Pourquoi la Loi sur les
armes à feu n’autorise-t-elle pas la police à « inspecter »
périodiquement le foyer de ceux à qui on a interdit de posséder une
arme à feu, afin de vérifier s’ils ont acheté des armes illégalement?
Encore une fois, les parlementaires ne devraient-ils pas avoir la réponse
à ces questions cruciales avant de se lancer dans un nouveau projet de
loi? Enfin,
votre gouvernement a récemment défendu la Loi sur les armes à feu en
affirmant avoir refusé et révoqué plus de 12 000 permis
d’armes à feu depuis 1998. Ce résultat est bien faible à côté des
États‑Unis qui ont réussi à bloquer 378 986 ventes
d’armes à feu illégales dans la même période, et ce sans un système
d’enregistrement et d’octroi de permis qui coûte les yeux de la tête.
Quand
vous présenterez ce nouveau projet de loi, vous prometterez sans doute,
comme l’avait fait M. Rock à l’époque, qu’il permettra de réduire
la violence conjugale et de sauver des vies. Les parlementaires ne
devraient-ils pas demander à la vérificatrice générale d’évaluer le
véritable coût et l’efficacité de la Loi sur les armes à feu avant
de passer de nouvelles lois? Veuillez
agréer, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées. Garry
Breitkreuz, député Yorkton-Melville c.c.
: L’honorable Anne
McLellan, C.P., députée Ministre
de la Sécurité publique et de la Protection civile Mme
Sheila Fraser, vérificatrice générale du Canada Pièce jointe : STATISTIQUE CANADA : TABLEAUX MIS À JOUR SUR LA VIOLENCE CONJUGALE http://www.garrybreitkreuz.com/publications/DomesticHomicides-1995-2003-2004-10-07.xls
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