Le 24 avril 2001

Monsieur Grant Obst, président

Association canadienne des policiers

141, rue Catherine, bureau 100

Ottawa (Ontario)

K2P 1C3

  Objet :  Vote du conseil de direction de l’ACP en faveur du maintien de son appui pour le registre des armes à feu

  Monsieur,

 J’ai bien reçu votre lettre de trois pages dans laquelle vous expliquez la décision du conseil de direction de l’Association canadienne des policiers de continuer à appuyer l’enregistrement des armes à feu.  Je respecte certes le droit de votre conseil d’adopter cette position, mais je la trouve difficile à concilier avec les opinions notoires de la majorité des policiers de première ligne qui financent votre organisation.

 À la lumière de l’information considérable dont je dispose, il est clair que tous les sondages effectués par des associations de policiers auprès d’agents de police de première ligne ont révélé qu’ils s’opposent, dans leur immense majorité, au projet de loi C‑68 en général et au registre des armes à feu en particulier.  Je suis persuadé que, si l’Association canadienne des policiers effectuait un sondage indépendant sur cette question, vos membres parviendraient à une conclusion semblable.

 J’ai été heureux d’avoir l’occasion de partager la tribune avec vous lors du sommet de l’Ouest canadien sur les armes à feu, à Saskatoon, le 10 mars.  J’ai été particulièrement impressionné par votre franchise lorsque vous avez expliqué à l’assemblée quelle incidence le registre des armes à feu avait eue sur votre travail de policier et déclaré : « Cela me dérange que le public ne m’appuie pas dans l’exercice de mes fonctions. Nous n’avons jamais été en désaccord avec le public auparavant. Cette question nous a divisés. »   Vous faites face ici à la violation du troisième des neuf principes de maintien de l’ordre énoncés par sir Robert Peel, à savoir que la police doit obtenir « la coopération spontanée du public dans son travail pour faire observer les lois. »

 En 1995, j’avais prévenu le Parlement que le fait de traiter des citoyens responsables comme des présumés criminels mènerait à cette rupture de confiance entre la population et la police.  À mon avis, la décision de votre conseil de direction de continuer à appuyer le registre des armes à feu aggravera ce problème et aura pour résultat que, à l’avenir, les policiers qui travaillent sur le terrain verront se détériorer encore davantage leur relation de confiance avec le public qu’ils servent.

Vous vous rappelez peut-être par ailleurs que j’ai assisté à l’assemblée générale de l’ACP à Regina, en août 1999.  La motion présentée par la Saskatoon Federation of Police Officers portant que l’ACP retire son appui pour le registre des armes à feu a alors été rejetée et remplacée par une autre motion tendant à rendre cet appui « conditionnel ».  À ce jour, aucune des conditions prévues dans cette dernière motion n’a été remplie, mais le conseil de direction de l’ACP a décidé par un vote d’appuyer le registre quand même. 

Le fait que vous vous soyez offusqué de mes remarques à la presse concernant la décision de votre conseil de direction me déçoit.  Même si le reportage de ces remarques semble avoir été limité à l’Edmonton Sun, j’estime important de répondre aux préoccupations que vous avez exprimées dans vos arguments en faveur du registre des armes à feu.  Il s’agit à mon avis des mêmes arguments discrédités mis en avant par le gouvernement fédéral.  Étant donné, toutefois, l’estime dans laquelle je tiens votre conseil de direction et vos membres en général, il m’est apparu important de réitérer les conditions formulées par l’ACP auxquelles le gouvernement fédéral n’a pas satisfait, et de dire pourquoi je pense que ses arguments en faveur du registre des armes à feu ont été discrédités.

 

LES DEMANDES FORMULÉES PAR L’ACP EN 1999  N’ONT PAS ÉTÉ SATISFAITES

A.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution portant « que le vérificateur général du Canada effectue un examen approfondi du système d’enregistrement des armes à feu. »  Or, le vérificateur général n’a pas effectué l’examen demandé par l’ACP!

 B.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution visant à faire vérifier « l’exactitude des renseignements réunis dans la base de données sur l’enregistrement des armes à feu. »  Le registraire des armes à feu a signalé l’existence d’un taux d’erreur de 90 % dans les demandes d’enregistrement d’armes à feu.  Des sources de la GRC et de la Sûreté du Québec confirment l’existence d’un taux d’erreur de 50 % dans la base de données dite Firearms Interest Police (FIP).  Des sources de la GRC confirment en outre l’existence d’un taux d’erreur de 40 % dans la base de données dite Firearms ReferenceTable (FRT).  Des documents du Conseil du Trésor confirment l’existence d’un taux d’erreur de 50 % dans les demandes de permis de possession d’armes à feu.  Et, selon des documents de recherche du ministère de la Justice, le registre d’armes de poing, qui est vieux de 67 ans, renferme plus de 50 % d’erreurs.  Au lieu de confirmer l’exactitude des renseignements contenus dans le registre, le registraire des armes à feu de la GRC a simplement confirmé leur inexactitude.

 C.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution visant à se faire « confirmer que le système d’enregistrement est capable de respecter les échéances établies par la loi pour l’enregistrement des armes à feu. »  Le ministère de la Justice n’a pas réussi à respecter l’échéance fixée pour délivrer les permis aux trois millions de propriétaires d’armes à feu qui, selon ses estimations, résidaient au Canada.  En conséquence, plus d’un million de propriétaires d’armes à feu responsables et quelque trois millions d’armes à feu sont à jamais exclus du système.  De plus, le Ministère n’a fourni aucune preuve crédible indiquant qu’il réussira mieux à respecter la nouvelle échéance fixée pour l’enregistrement.

Même si le registraire des armes à feu de la GRC a signalé à son personnel que l’enregistrement de toutes les armes à feu qui se trouvent au pays ne serait pas achevé avant 2010, il procède actuellement à des mises à pied dans son Réseau de vérification des armes à feu et il a ordonné à ses préposés à l’enregistrement de cesser de vérifier les armes à feu, y compris consulter les tables FRT.  Il leur a ordonné d’accepter les renseignements figurant sur les demandes d’enregistrement (malgré un taux d’erreur de 90 %) et d’accroître leur production pour la faire passer de 30 à 110 enregistrements par jour.  Il est clair que, contrairement à la demande de l’ACP, le ministère de la Justice ne pourra respecter l’échéance du 1er janvier 2003 fixée pour l’enregistrement qu’en compromettant l’exactitude des renseignements versés au registre!  Vos membres sont assez avisés pour reconnaître que ce registre truffé d’erreurs ne sera d’aucune utilité aux policiers qui travaillent sur le terrain.

 D.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution visant à se faire garantir par le gouvernement que « le plan de recouvrement des frais entraînés par l’enregistrement est réalisable. »  En 1995, le ministrre de la Justice, Allan Rock, avait déposé le cadre financier prévu pour l’enregistrement des armes à feu et promis au Parlement et au public canadien que cette opération entraînerait un déficit de SEULEMENT 2,2 millions $ au cours des cinq premières années.  Or, le déficit réel confirmé pour les cinq premières années dépasse 310 millions $!  Le 19 juillet 1999, le Toronto Star a publié une lettre de la ministre de la Justice, Anne McLellan, où il était dit que « les frais perçus auprès des utilisateurs couvriront intégralement le coût du programme [d’enregistrement des armes à feu]. »  Les réponses aux demandes d’accès à l’information adressées au ministère de la Justice révèlent que, au 11 août 2000, celui-ci avait seulement perçu 17 millions $ au titre des frais d’utilisation et qu’il devait par ailleurs des remboursements s’élevant à environ 1,2 million $.  Par ailleurs, la ministre de la Justice a rejeté deux de mes demandes d’accès à l’information visant l’obtention de copie de son plan détaillé de recouvrement des frais, qui aurait montré comment elle tiendra sa promesse.  De plus, son insistance à affirmer qu’il y a maintenant seulement 2,46 millions de propriétaires d’armes à feu au pays dissipe tout espoir de voir le gouvernement satisfaire à la demande de recouvrement des frais formulée par l’ACP.  Contrairement à la demande de l’ACP, les contribuables devront faire les frais de cette dépense qui atteindra bientôt un milliard de dollars, sans compter le milliard supplémentaire que, selon des estimations récentes, ce programme coûtera au cours des dix prochaines années.  À un moment où les fonds publics destinés aux policiers de première ligne et à la technologie nécessaire sont restreints, je sais que vos membres voudront s’assurer que les ressources sont affectées aux priorités réelles de lutte contre le crime et aux programmes de prévention efficaces.  En toute objectivité, le registre des armes à feu ne satisfait manifestment à ni l’un ni l’autre de ces critères.

 E.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution réclamant la tenue de « consultations sérieuses avec le Groupe d’utilisateurs d’armes à feu afin d’assurer la prise en compte des préoccupations des parties intéressées lors du processus d’examen. »  Les recommandations faites par ce groupe depuis sa constitution par la Ministre sont en grande partie restées lettre morte. Par exemple, en juin 1999, il avait averti la Ministre qu’il lui serait impossible de délivrer les permis avant la date limite du 1er janvier 2001 et lui avait recommandé de reporter cette échéance au 1er janvier 2003, de manière à la faire coïncider avec celle de l’enregistrement des armes à feu.  La Ministre avait rejeté cette recommandation des plus judicieuses, et plus d’un million de propriétaires d’armes à feu n’ont pas présenté de demande de permis.  Par conséquent, le ministère de la Justice a été forcé de délivrer plus de 600 000 permis temporaires sans procéder aux vérifications d’antécédents obligatoires prévues par l’article 5 de la Loi sur les armes à feu.  Non seulement cette ligne de conduite n’a fait aucun cas de la demande de consultations sérieuses formulée par les membres de l’ACP, mais encore elle a prouvé que le registre n’offre pas un moyen fiable de mettre les armes à feu hors de la portée des personnes qui ne devraient pas en posséder.

 F.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution visant à se faire  « confirmer que la mise en oeuvre et le fonctionnement du système ne détournent pas d’agents de leurs fonctions sur le terrain. »  À l’été 2000, le registre des armes à feu occupait environ 1 800 employés, sans compter les centaines de préposés aux armes à feu désignés dans chaque province.  Bien que la ministre de la Justice ait refusé de remettre quelque information que ce soit à la Bibliothèque du Parlement au sujet de ces chiffres, il est notoire qu’un grand nombre des préposés aux armes à feu désignés sont des policiers qui ont été retirés des fonctions régulières de maintien de l’ordre. De plus, il est évident que l’embauchage de plus de 1 800 employés et les dépenses de plus de 600 millions de dollars faites jusqu’ici se répercutent directement sur les ressources et les fonds disponibles pour les initiatives de lutte contre les crimes réels.  Le Toronto Star du 3 avril citait ces propos de votre part : « Les groupes du crime organisé ont trop d’argent.  Et notre plus grand problème est que nous n’en avons pas assez. »  Toutefois, contrairement à la demande de l’ACP, des centaines d’années-personnes et des centaines de millions de dollars ont été détournés des priorités réelles en matière d’application de la loi!

 G.  En 1999, l’ACP avait adopté une résolution portant que « le vérificateur général du Canada publie un rapport afin de rendre compte de ses constatations à la population du Canada. »  Contrairement à la demande de l’ACP, le vérificateur général n’a pas rédigé de rapport public sur le registre des armes à feu!

 D’après les renseignements à la disposition des policiers de première ligne, du grand public et des médias, le gouvernement n’a satisfait à aucune des demandes formulées par l’ACP en 1999.  C’est pour cette seule raison que je trouve difficile de comprendre la décision récente de votre conseil de direction.

  ARGUMENTS CITÉS À L’APPUI DE L’ENREGISTREMENT DES ARMES À FEU

Vous avez cité un certain nombre d’« avantages » à l’appui de l’enregistrement des armes à feu.  J’aimerais soumettre à votre réflexion les preuves qui montrent pourquoi cet enregistrement n’a jamais favorisé la sécurité publique ni le respect de la loi et ne les favorisera jamais.

 1.  L’enregistrement des armes de poing n’a pas réduit leur utilisation à des fins criminelles

 L’échec absolu du système d’enregistrement des armes de poing qui est en vigueur depuis 1934 fournit la preuve la plus concluante de l’inefficacité de l’enregistrement des armes à feu.  À cette différence près que le système restreint d’enregistrement des armes à feu n’engouffrait que 6 millions $ par an, et non pas entre 60 et 100 millions $.  Selon un rapport de Statistique Canada, sur les 151 meurtres commis en 1998, 46 % l’avaient été avec des armes de poing (qui étaient censées être enregistrées) et 17 %, avec des armes à feu qui sont interdites. De plus, ni la ministre de la Justice, ni le solliciteur général, ni la GRC n’ont pu me fournir, en réponse à mes demandes des six dernières années, la moindre preuve révélant que le système d’enregistrement des armes de poing remontant à 67 ans les aurait aidés à prévenir ou à résoudre même un seul crime.  Si vous pouvez me fournir une telle preuve, j’aimerais avoir l’occasion de l’examiner.

 2.  Les propriétaires d’armes à feu responsables sont la mauvaise cible

 a)  Les compagnies d’assurances n’exigent pas de primes plus élevées des propriétaires d’armes à feu :  Quatre-vingt-dix-neuf pour cent (99,9 %) des propriétaires d’armes à feu n’ont jamais présenté de risque pour la sécurité publique et n’en présenteront probablement jamais.  Comment savons-nous que les propriétaires d’armes à feu ne constituent pas un risque pour eux-mêmes ni pour autrui?  Par le simple fait que les compagnies d’assurances ne demandent sur aucun de leurs formulaires si la personne qui le remplit possède une arme à feu.  Car les propriétaires d’armes à feu ne constituent pas un « groupe à risque identifiable ».  Même si une personne qui possède une arme à feu signale comme « activité dangereuse » l’emploi qu’elle en fait à des fins récréatives, la compagnie d’assurances ne lui impose pas une prime plus élevée pour sa police.  Si les actuaires des compagnies d’assurances (dont le succès commercial dépend de l’évaluation des risques) savent que les propriétaires d’armes responsables ne constituent pas un risque pour eux-mêmes, ni pour leur famille, ni pour leurs voisins, ni pour leur collectivité, sur quoi se fondent le gouvernement et le conseil de direction de l’ACP pour conclure le contraire?  En fait, les preuves actuarielles révèlent que les propriétaires d’armes à feu responsables sont manifestement la mauvaise cible!

 b)  Emploi d’une arme à feu lors d’actes de violence dans seulement 1,4 % des cas en 1999 : À quoi sert-il de gaspiller des centaines de millions de dollars de l’argent des contribuables et de détourner les ressources policières vers un système fédéral d’enregistrement des armes à feu?  Moins de 5 % des crimes avec violence sont commis avec des armes à feu et, dans un très petit nombre de cas, avec des carabines et des fusils de chasse.  L’été dernier, Statistique Canada a publié ses Statistiques de la  criminalité au Canada, 1999.  Il y était dit à la page 2 : « Les services de police ont signalé un peu plus de 291 000 cas de crimes avec violence en 1999. »   Et, au dernier paragraphe (même page) : « En 1999, une arme à feu a été en cause dans 4,1 % des crimes avec violence. »  En 1998, la moitié des infractions où une arme à feu était en cause avaient été commises avec des armes de poing que le gouvernement cherche à faire enregistrer depuis 1934.  Malheureusement, le pourcentage de 4,1 % est aussi exagéré, car Statistique Canada entend par « en cause » non pas « employée » pour commettre l’infraction, mais simplement « présente » sur la scène du crime. C’est pourquoi les statistiques de la GRC sur les crimes où interviennent des armes à feu sont nettement inférieures.  En juillet 1997, le commissaire de la GRC déclarait dans une lettre adressée au ministère de la Justice : « De plus, la GRC a enquêté en 1993 sur 88 162 crimes avec violence, dont seulement 73, ou 0,08 %, avaient comporté l’emploi d’armes à feu. »  La Direction de la recherche de la Bibliothèque du Parlement a examiné deux rapports différents sur les crimes avec violence publiés par Statistique Canada pour 1999.   Elle a déterminé que le taux de « présence d’une arme à feu lors de crimes avec violence » était de 4,1 %, mais que le taux d’« emploi d’une arme à feu lors de crimes avec violence » n’était que de 1,4 % – soit le tiers du pourcentage normalement publié par Statistique Canada et accepté et rapporté par les médias sans aucune explication.  Les propriétaires d’armes à feu responsables sont manifestement la mauvaise cible!

 c)  Le gouvernement ne peut empêcher personne d’acquérir des armes à feu illégalement; il peut seulement les punir pour ce fait :  L’immense majorité des crimes avec violence commis avec des armes à feu sont le fait de criminels connus, de gangs de quartier et de récidivistes.  Ces crimes sont le problème qu’il faut résoudre, et ce n’est pas en tenant des dossiers sur les armes à feu possédées par des propriétaires responsables qu’on y arrivera.  Comme me l’a dit un propriétaire d’armes à feu responsable et respectueux des lois : « Je ne suis pas un problème!  Je ne le serai jamais.  J’ai déjà un permis de chasse provincial; la police sait donc que je possède des armes à feu.  Si je ne les entreprose pas convenablement, je pourrais être emprisonné pour  jusqu’à deux ans.  Si je décidais de me vouer au crime, ou si je devenais violent ou déséquilibré, le Code criminel donne à la police tous les pouvoirs nécessaires pour s’introduire chez moi (sans mandat) et m’enlever mes armes.  Elle peut ensuite demander à la cour de rendre une ordonnance m’interdisant de posséder des armes à feu pendant une période déterminée, ou indéfiniment.  Quelle protection supplémentaire un permis fédéral de possession d’armes à feu et l’enregistrement de quelques armes assureraient-ils?  Qu’est-ce qui empêche une personne de défier une ordonnance d’interdiction de possession d’armes à feu et de s’en procurer une autre illégalement?  C’est ici que le programme d’autorisation d’acquisition d’arme à feu (AAAF), instauré il y a vingt ans, assurait une protection raisonnable.  Quiconque voulait acquérir une arme à feu légalement devait prouver qu’il possédait la formation voulue et détenait un permis d’acquisition du gouvernement.  Bien sûr, aucune mesure prise par le gouvernement n’empêchera jamais des criminels ou des malades mentaux d’acquérir des armes à feu illégalement. »  Ces remarques font voir pourquoi les policiers se sentent « en désaccord » avec le public et pourquoi vos membres continueront de ressentir les effets regrettables de cette loi aussi longtemps qu’elle sera en vigueur.

 3.  Les criminels sont le vrai problème. Attaquons-nous à eux

 a)  Statistique Canada désigne la bonne cible :  Il était dit dans le rapport de Statistique Canada sur les homicides au Canada pour l’année 1991 que « 67 % des accusés [meurtriers] avaient un casier judiciaire avant de commettre l’homicide, comparativement à 45 % dans le cas des victimes. » (p. 2)  « Dans les cas où les antécédents criminels des accusés étaient connus (95 %), plus des deux tiers avaient un casier judiciaire antérieur, dont 249 pour des infractions avec violence, 103 pour des infractions contre les biens, et 10 pour des infractions en matière de drogue.  Quarante-cinq autres accusés avaient un casier judiciaire pour d’autres contraventions au Code criminel ou à d’autres lois fédérales.  Soixante-dix pour cent des hommes accusés et 40 % des femmes avaient un casier judiciaire antérieur. » (p.15)  « En 1991, la police a signalé qu’environ la moitié de tous les accusés avaient consommé de l’alcool et/ou de la drogue au moment de l’infraction. » (p.15)  Le 18 octobre 2000, Statistique Canada a publié sa première mise à jour des données de 1991 : « Une proportion de 64 % des personnes accusées d’homicide en 1999 avaient un casier judiciaire.  La majorité de ces personnes avaient été reconnues coupables d’un crime de violence.  Quarante et un pour cent des victimes d’homicide avaient un casier judiciaire. »  Source : Statistique Canada. Statistiques sur les homicides – 1999, Le Quotidien du mercredi 18 octobre 2000.

 b) Le CIPC a déjà dans son système l’information la plus importante au sujet de la possession d’armes à feu :  Il était dit dans le rapport de 1999 de la GRC au solliciteur général sur l’administration de la Loi sur les armes à feu qu’« entre le 1er décembre 1998 et le 31 décembre 1999, 18 874 personnes, au total, s’étaient vu interdire de posséder des armes à feu.  Les ordonnances d’interdiction de possession d’armes à feu sont enregistrées au CIPC [Centre d’information de la police canadienne] selon l’issue des audiences du tribunal et les décisions de probation, ou en attendant la tenue d’une audience. » (p. 41)  Ce rapport fournit en outre des statistiques pour chaque année depuis 1989.  Plus de 14 000 ordonnances d’interdiction de possession d’armes à feu ont été rendues, en moyenne, pendant chacune des 11 dernières années.  Source : Rapport de 1999 de la GRC au solliciteur général sur l’administration de la Loi sur les armes à feu.  Lorsque la base de données FIP (Firearms Interest Police) fonctionnera correctement, le CIPC indiquera à la police quels domiciles sont susceptibles de présenter des problèmes.

 c)  La vraie solution consiste à embaucher plus de policiers, et non pas à tenir un registre des armes à feu :  Statistique Canada a signalé que le nombre des infractions relevant du Code criminel par policier avait augmenté de 135 % entre 1962 et 1997 (infractions au code de la route non comprises).  En 1962, on dénombrait 20 infractions relevant du Code criminel par policier.  En 1997, il y en a eu 46. Le vrai problème est que les crimes ont augmenté, mais non le nombre de policiers.  Source : Statistique Canada. Infractions au Code criminel par policier au Canada, 1962-1997.

 Le 21 septembre 1995, le solliciteur général de l’Ontario, Bob Runciman, a comparu devant le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles.  Il a déclaré aux sénateurs : « À l’échelle nationale, 85 millions de dollars permettraient d’affecter 1 000 douaniers de plus à la frontière, et 500 millions permettraient de déployer 5 900 policiers de plus sur le terrain.  La solution de rechange du gouvernement fédéral consiste à utiliser cet argent pour enregistrer tous les fusils de chasse et fusils à verrou de calibre .22 au Canada.  Il ne faut pas être bien brillant pour déterminer laquelle de ces mesures serait la plus efficace contre le crime. »

 4.  Le projet de loi C-68 a déjà causé la mort d’une personne

  Si le conseil de direction de l’ACP défend le registre des armes à feu, il doit aussi accepter la responsabilité de ses échecs.  Dans un communiqué publié le 26 mars 1998, la ministre de la Justice, Anne McLellan, avait fait la promesse suivante : « La sûreté des armes à feu est l’affaire de tout le monde.  Ces règlements contribueront à favoriser une culture de sécurité partout au Canada. » Or, le 3 mars 2000, le Moncton Times and Transcript publiait le reportage suivant en provenance de Nain (Terre-Neuve) :

 

« Un résidant du Labrador à qui il avait été interdit de posséder des armes à feu a récupéré l’une de ses carabines auprès du détachement local de la GRC le jour même où il a été accusé d’avoir abattu un garçon de 15 ans, a déclaré la police mercredi.  Selon une loi fédérale en vigueur depuis un an, toute personne qui s’est vu interdire de posséder des armes à feu peut demander la levée de cette interdiction si elle a besoin d’une arme à feu pour chasser en vue de se nourrir.  C’est ce qu’on appelle une « dérogation aux fins de subsistance » à l’article 113 du Code criminel.  Abraham Zarpa, 30 ans, a été accusé de meurtre au deuxième degré après que le corps de Martin Angnatok, âgé de 15 ans, eut été découvert dans une maison à Nain.  Zarpa s’était vu accorder une exemption pour fins de subsistance en décembre dernier.  « On gardait ses fusils au détachement de la GRC à Nain et, lorsqu’il allait à la chasse, il signait pour les emprunter », a déclaré le constable Scott Morrison, de la GRC.  « Lorsqu’il revenait de la chasse, il devait les rapporter au détachement… Il avait signé pour emprunter une de ses carabines ce jour-là. »

 

Voilà pour la « culture de sécurité » de la Ministre!  Tandis que cette affaire se déroule à la cour, il semble que les règlements établis par la Ministre avaient créé la situation selon laquelle la GRC était forcée d’entreposer les carabines d’un meurtrier et de lui en remettre une lorsqu’il voulait s’en servir. Rappelez-vous le temps où les partisans du registre des armes à feu disaient : « S’il permet de sauver une seule vie, il en vaudra la peine. »  Qu’est-ce que les Canadiens soucieux du bien public diront lorsqu’ils apprendront que le projet de loi C‑68 a en fait causé la perte d’une vie?

 

VOUS ACCUEILLEZ FAVORABLEMENT NOTRE APPUI POUR DES MODIFICATIONS

 Vous énumérez dans votre lettre un certain nombre de domaines à améliorer dans le programme de contrôle des armes à feu du gouvernement, et vous faites bon accueil à notre appui. Sachez que l’Alliance canadienne appuie les mesures de contrôle des armes à feu efficaces qui réduisent la criminalité.  Les retouches proposées par le gouvernement ne résoudront jamais les problèmes inhérents au projet de loi C‑68 et ne réduiront pas non plus l’utilisation des armes à feu à des fins criminelles.  Dans le but d’informer vos membres, j’aimerais exposer ici la position de l’Alliance canadienne concernant le registre des armes à feu.

 1.  L’Alliance canadienne est contre le projet de loi C‑68.  Nous allons l’abroger et le remplacer

 Au cours d’un débat tenu à la Chambre des communes le 13 juin 1995, Preston Manning, chef du Parti réformiste (fondateur du parti de l’Alliance canadienne), a déclaré : « J’affirme donc en conclusion que, si le projet de loi C‑68 est adopté, il ne constituera pas une bonne loi.  Ce sera une mauvaise loi, une tache au bilan législatif du gouvernement, une loi qui ne satisfera pas aux trois grands critères de constitutionnalité, d’efficacité et de consentement démocratique des administrés. Quel devrait être le sort d’une mauvaise loi? On devrait l’abroger, et c’est précisément ce qu’un gouvernement réformiste fera lorsqu’il remplacera le présent gouvernement. »  Hansard, page 13 739.

 Le 2 mai 2000, Stockwell Day a réitéré cette promesse dans le Fredericton Daily Gleaner.  « L’une des premières choses que je ferais serait de nous débarrasser du projet de loi C‑68, a déclaré Day.  Qualifiant le registre des armes à feu d’« irresponsable » et de « cauchemar administratif », Day a déclaré que, s’il était chef du parti, il mettrait l’accent sur l’imposition de peines plus rigoureuses pour les crimes commis avec des armes à feu. »

 Notre parti n’a jamais démordu de cette position au cours des six dernières années, et elle a fait partie intégrante de notre programme lors de deux campagnes électorales.  Nous l’avons maintenue parce que les faits prouvent que cette loi constitue un fardeau inutile pour les contribuables canadiens et n’apporte aucun avantage en contrepartie pour ce qui est d’assurer le respect de la loi.

 2.  Le programme de l’Alliance canadienne touchant les armes à feu lors de la campagne électorale 2000

 « Nous voulons protéger nos collectivités contre les criminels, et non pas punir les citoyens qui respectent la loi.  Nous allons abroger la loi actuelle sur les armes à feu (C‑68) et la remplacer par un système pratique de contrôle des armes à feu qui sera rentable et respectera le droit des Canadiens de posséder des armes à feu et de les utiliser d’une manière responsable. Pour assurer le succès de ce système, on le concevra et l’appliquera avec l’entière coopération des provinces et des territoires ainsi que des propriétaires d’armes à feu responsables.

« À notre avis, les centaines de millions de dollars que l’on gaspille pour enregistrer et surveiller des armes à feu possédées légalement seraient bien plus profitables si on les utilisait pour augmenter les patrouilles de police dans nos rues et sur nos autoroutes, et pour fournir aux services d’exécution de la loi les ressources dont ils ont besoin pour faire incarcérer les vrais criminels et démanteler les gangs de motocyclistes et les groupes du crime organisé. »

 Sévir contre l’utilisation des armes à feu à des fins criminelles

 ·         Inculpation obligatoire pour infraction relative aux armes dans tous les cas où une arme est employée pour commettre un crime

·         Aucune négociation de plaidoyer dans le cas des infractions relatives aux armes

·         Peines consécutives dans les cas où une arme est employée pour commettre un crime

·         Application stricte des peines minimales obligatoires dans le cas des infractions relatives aux armes prévues par le Code criminel

·         Peine minimale obligatoire et augmentation de la peine maximale en cas de vol d’une arme à feu

·         Peine minimale obligatoire dans les cas de contrebande et de trafic d’armes à feu

·         Interdiction à vie de posséder des armes à feu dans les cas où une personne est reconnue coupable d’avoir employé une arme lors d’une infraction criminelle punissable par la loi

·         Le port d’une arme à feu en public sans permis valide constituera une infraction criminelle

·         Le manquement à une injonction restrictive constituera une nouvelle infraction criminelle qui sera passible d’une peine d’emprisonnement automatique.

 3.  La mesure législative qui remplacera le projet de loi C‑68 s’appuiera sur des principes fondamentaux

 ·         Elle s’attaquera aux criminels qui utilisent des armes, et non pas aux propriétaires d’armes à feu responsables.

·         Elle sera facile à comprendre, à administrer et à appliquer.

·         Elle sera rentable pour ce qui est de réduire l’utilisation des armes à feu à des fins criminelles.

·         Elle réduira la contrebande et la vente d’armes à feu sur le marché noir, au lieu de les augmenter comme l’a fait le projet de loi C‑68.

·         Elle convaincra l’immense majorité des propriétaires d’armes à feu d’aider le gouvernement et la police à l’appliquer.

·         Elle convaincra tous les contribuables d’en partager le coût parce que tout le monde profite de l’amélioration de la sécurité publique.

·         Elle satisfera à un test de sécurité publique administré par le vérificateur général du Canada.

·         Elle respectera la compétence constitutionnelle exclusive des provinces.

·         Elle respectera les droits fondamentaux de toutes les personnes, en particulier les droits à la jouissance des biens.

 4.  Remarques sur les domaines à améliorer selon le conseil de direction de l’ACP

 Votre conseil de direction et vous-même signalez avec justesse que le programme de contrôle des armes à feu du gouvernement ne peut « atteindre les objectifs de sécurité publique énoncés » sans « un degré élevé de conformité ».  Plus d’un million de propriétaires d’armes à feu n’ont pas obtenu de permis pour celles-ci, et les Autochtones ont presque tous boycotté cet aspect de la loi.  Comme je l’expliquais dans mon récent communiqué de presse, à défaut d’amnistie, ce million de Canadiens et plus et les millions d’armes à feu qu’ils possèdent ne seront jamais intégrés au système.  Sans la coopération totale des propriétaires d’armes à feu responsables et des provinces, cette non-conformité était inévitable.  Le gouvernement a eu une occasion de mettre en oeuvre les propositions de l’ACP dans le projet de loi C‑15, et il ne l’a pas fait.  L’Alliance canadienne appuierait les trois mesures proposées parce qu’elles sont compatibles avec la politique, le programme et les principes susmentionnés.

 1a) Ces mesures obligeraient la Ministre à accorder une amnistie à tous les propriétaires d’armes à feu qui n’ont pas demandé de permis.

 b) Elles nécessiteraient une modification législative qui éliminerait toutes les peines prévues par le Code criminel relativement aux exigences administratives du programme de contrôle des armes à feu du gouvernement.

 c) Elles exigeraient que l’on renforce la protection des droits à la jouissance des biens prévue dans la Déclaration canadienne des droits, comme je l’ai proposé à plusieurs reprises dans un projet de loi d’initiative parlementaire.

 d) Elles nécessiteraient la prise d’un décret pour supprimer les frais d’utilisation.  S’il s’agit vraiment d’un programme destiné à assurer la sécurité du public, celui-ci devrait en payer le coût intégral.

 2.  En 1995, notre parti a appuyé Bob Runciman, qui était alors solliciteur général de l’Ontario, lorsqu’il a proposé au Parlement de mieux assurer le maintien de l’ordre à nos frontières en embauchant entre 1 000 et 5 900 policiers comme solution de rechange au registre des armes à feu, qui ne sert à rien.

 3a) Ces mesures obligeraient le gouvernement à collaborer avec les provinces pour assurer l’adhésion absolue aux dispositions relatives aux peines minimales obligatoires.  Le gouvernement pourrait facilement instaurer un programme afin de surveiller en permanence l’utilisation et l’abus de ces dispositions, et de rendre les affaires publiques lorsque les procureurs et les juges s’en écartent.

 b) À notre avis, si nous sévissons contre l’utilisation des armes à feu à des fins criminelles, les criminels  comprendront.  L’initiative dite « Project Exile » a permis de réduire l’utilisation des armes à feu à des fins criminelles et de retirer des armes illégales de la circulation dans les villes les plus dures des États-Unis.  Cette approche peut fonctionner ici.

 Pour conclure, je tiens à vous remercier d’avoir pris la peine de chercher à m’expliquer la décision du conseil de direction de l’ACP de continuer à appuyer le régime d’enregistrement des armes à feu du gouvernement libéral.  Je continue toutefois d’être en désaccord avec cette décision, pour les raisons exposées dans la présente lettre.

 Je suis encouragé par les recommandations faites par votre conseil en vue d’améliorer les lois canadiennes sur les armes à feu.  Elles me donnent à penser que vous comprenez la question mieux que le gouvernement.  Elles nous procurent en outre un terrain d’entente pour aborder cette question très préoccupante.  Nous ne cesserons pas de combattre le projet de loi C‑68 ainsi que son gaspillage et son inefficacité.  Je pense, comme vos membres, que nous pourrions combattre beaucoup plus efficacement le crime en déployant plus de policiers sur le terrain.  Nous devons travailler afin de mettre en place des mesures qui accroîtront la sécurité des Canadiens et de nos collectivités.

  Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

 Garry Breitkreuz

Député de Yorkton–Melville

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